Chessmaster célèbre sa dixième itération. Ca se fête! L'occasion pour nous de jeter un p'tit coup d'œil en arrière.
Avant, bien avant, on savait s'amuser autrement, mon bon monsieur. On n'avait même pas besoin d'électricité. Et puis le temps s’est écoulé et sont arrivées les ères numériques, transportant avec elles la modernité et la mettant au service - ô joie - du ludique. Et alors là, bonjour Command & Conquer, Warcraft et compagnie ! Mais comprenez bien que s'il n'y avait pas eu le jeu d’échecs pour les précéder, les RTS (et peut-être même tout le paysage ludique) n'auraient certainement pas eu le même visage…

Peu de créatifs ont saisi le potentiel ludique des échecs, et pour nombreux que nous sommes, combien ont considéré que les échecs étaient réservés à l'intelligentsia de la classe de
5e B, dont l'illustre
Ludovic Robert, à la puberté précoce, incarnait parfaitement le dégoût ou simplement le dédain en sa qualité de président du
Club d'échec ? Pourtant, toujours besogneux,
Mindscape et maintenant
Ubisoft s’évertuent depuis 10 ans à proposer des jeux d'échec pour
Ludovic Robert et rien que pour lui. Du moins, le pensions-nous…
Comme le précise son sous-titre, ce
"Chessmaster, 10e édition" se propose ni plus ni moins que d'être à la fois notre professeur, notre mentor et notre adversaire suprême. Il ratisse donc très large.
Supposons qu'un jour, le cancre qui sommeille en nous ait à mettre le nez dans ce jeu d'échec ; le regret d'être passé à coté du
Club d'échec du collège nous ronge, et on se décide enfin, à apprendre à jouer. D’ailleurs
Chessmaster souligne d’emblée notre erreur puisqu'en commençant la partie, il alloue un classement en fonction du niveau que nous aurons choisi. Les débutants commencent avec une base 600, qui descendra suivant les parties perdues et augmentera avec les parties remportées. C'est aussi l'artifice qui permet au joueur de situer sa progression, et au moteur du jeu d'émuler des adversaires à son niveau.
Premier constat : s’il sait au moins déplacer les pièces (le cancre est curieux), il arrivera parfois à gagner par
"échec et mat", mais sans trop savoir pourquoi ! Désagréable sensation…

Dirigeons-nous alors vers le
tutorial, le point d'amarrage. On se rend vite compte de l’étendue de notre erreur : on se dit qu'on aurait vraiment dû commencer les échecs en
5e B, parce que la masse d'informations qui attend d'être ingérée est colossale.
Josh Waitzkin et
Larry Christiansen, grands maîtres mondiaux de la discipline, ont concocté plus de 100 étapes de formation, réparties en plusieurs sous parties. Ils ont aussi condensé sur ce CD plusieurs centaines d'éléments pour apprendre à jouer. Pour qui a le réel désir d'apprendre, se buter à tout remplir est une véritable gageure.
Bien que nous soyons entrés - sans le savoir - dans une dimension parallèle purement mathématique, si nous voulons considérer la durée de vie d'un tel titre, il faudrait plus d'une vie. Le sentiment terriblement jouissif d'élaborer des stratégies et de les mettre en place est prégnant et se fait ressentir très rapidement. Les clopes s'amoncèlent dans le cendrier et on comprend enfin pourquoi
Ludovic Robert nous énervait autant : il savait avant nous que les échecs pouvait être aussi prenants.

Le tutorial parcouru à moitié, on se dit qu'on est fin prêt à se lancer dans une vraie partie contre l'IA. Comme le cancre aime se marrer, il choisit un des trente plateaux de jeu fantaisiste, un plateau animé de préférence. Mais, il se rend vite compte que les pièces sont difficilement reconnaissables, hormis un plateau thématique type
"conte de fées" pour lequel les animations sont les plus réussies. La partie est lancée et on réalise le lourd travail de l'IA qui doit fournir un gros effort : elle doit gérer les opportunités de jeu de l’adversaire tout en assistant à la demande le cancre qui a bien besoin d'un coup de main.
Heureusement,
Chessmaster 10e édition donne également accès au jeu
on-line et permet de se confronter à des joueurs qu’on pense d'un niveau équivalent au sien. Et là, c'est le drame : échec et mat en trois tours, c'est la honte ! (le
"coup du berger", qu’ils appellent ça). Alors on se refait encore et encore le tutorial dans l'espoir de se lancer un peu plus tard dans un vrai tournoi en
LAN.

Vous aurez compris que la valeur ludique d'une telle production ne fait pas le poids face à sa valeur didactique.
Chessmaster se destine avant tout à améliorer votre niveau de jeu, ce qui n’est déjà pas si mal.
"The King", le moteur du jeu, accompagne son apprenti dans sa progression et le guide à son rythme avant de le lancer sur de vraies parties. Une section du soft est même dédiée aux enfants, mais celle-ci demeure extrêmement limitée.
Chessmaster est avant tout une véritable expérience qui exige un réel investissement personnel. Seul le joueur, en fonction de son propre niveau, sera à même d’évaluer le répondant de l’IA et pourra définir si l’achat en vaut la peine. On conseillera donc de s’essayer à une démo au préalable.
Quant à
Ludovic Robert, aux dernières nouvelles, il serait caissier au
Prisu de
Moissy-Cramayel…
A noter : la version commerciale rencontre un gros méchant bug qui fait planter irrémédiablement si vous possédez certains logiciels tels que Nero ou un lecteur virtuel sur votre bécane. Pour y remédier, il suffit… de désinstaller lesdites applications !
On attend un patch pour la version française qui permettra de corriger tout ça très bientôt.