Alors, les
Rôlistes ? Ras-le-bol des Royaumes enchantés, des dragons, des Elfes et des Trolls ? C’est vrai que les concepteurs de jeux de rôle ont souvent privilégié les univers médiévaux. Mais il existe tout de même de plus en plus d’alternatives pour évoluer dans des backgrounds plus atypiques et s’éloignant des concepts hérités du
Dongeons & Dragons originel.
Vampire Bloodlines est la seconde adaptation vidéoludique d’un jeu de rôle traditionnel "sur table" édité en 1991. A l’époque,
Vampire the Masquerade des éditions
White Wolf avait donné un sacré coup de jeune dans le domaine du jeu de rôle en proposant un gameplay beaucoup moins simulationniste et plus porté sur l’ambiance et l’improvisation. Exit les fiches de personnages détaillées à l’excès, les multiples jets de dés et la chasse aux XP,
Vampires préférait plutôt miser sur l’ambiance, la richesse scénaristique et une interaction poussée entre les joueurs. Finalement,
Vampires Bloodlines adopte la même philosophie en axant le déroulement du jeu sur la recherche, l’exploration et le dialogue plutôt que sur l’action ou le combat.

Vous incarnez donc un vampire nouvellement initié : un "nouveau né" qui devra faire sa place dans la famille, la
Camarilla, déchirée par des luttes intestines. En effet, les vampires se divisent en plusieurs clans aux intérêts parfois étonnamment antagonistes. Vous êtes donc d’entrée amené à choisir l’une de ces mouvances ce qui conditionnera fortement le déroulement de l’aventure par la suite. Certaines castes vivent ainsi dans une relative intelligence avec les humains et s’intègrent au mieux dans la société ; d’autres sont des véritables parias assoiffés de sang qui laissent parler leur bestialité à la moindre occasion. A vous de savoir si vous préférez la diplomatie à la force. Ce système de castes est au final bien plus fin que les simples classes de personnages d’un jeu de rôle traditionnel car ce choix initial implique un certain nombre de contraintes bien délimitées qui vous obligeront à jouer véritablement en conséquence.
Votre clan conditionnera également l’évolution de vos caractéristiques. La liste des talents est restreinte par rapport à d’autres jeux du même type mais il faut reconnaître que leur impact sur vos actions est réel. Pour être plus précis, un certain nombre de choix s’offriront à vous si vous décidez d’opter pour l’amélioration de telle ou telle compétence. Il ne s’agira pas seulement d’upgrader votre puissance ou votre résistance. Un petit exemple concret : rien de tel que des connaissances en informatique pour pirater les systèmes de vos adversaires et vous donner ainsi quelques longueurs d’avance…

Une fois votre personnage créé, vous pouvez commencer l’aventure ! L’univers de
Vampires Bloodlines est fort éloigné de l’imagerie traditionnelle du vampire : le
Dracula de
Bram Stoker a pris un petit coup de vieux ! Inutile de chercher ici les avatars de
Bela Lugosi ou de
Christopher Lee : pas de châteaux au beau milieu des
Carpates embrumées, point de sombres campagnes infestées de loups… Le cadre est résolument urbain et les vampires semblent, ma foi, s’être bien accommodés du modernisme et de la société de consommation. En costard très classe ou en tenue de surfer, vous hanterez la ville, ses boîtes de nuit à la clientèle interlope et ses sombres ruelles mal famées. Il faut vous nourrir tout en restant évidemment discret et en épargnant le plus possible vos victimes sous peine de devenir une simple bête enragée. Le code des vampires,
"la Mascarade", est de plus particulièrement strict : être repéré par le commun des mortels met en danger l’ensemble de la communauté et les entorses à la règle sont difficilement tolérées. Finalement, on est assez proche d’un univers à la
Blade mêlant traditions et culture contemporaine : un mix loin d’être désagréable…

Mais votre existence n’est pas de tout repos : en plus d’assouvir vos besoins naturels, vous devrez gravir les échelons et vous dépêtrer dans un scénario particulièrement riche et tortueux. Vous découvrirez que la grande Famille des vampires, c’est un peu comme
Dallas : très unie en apparence mais pourrie de l’intérieur…
De nombreuses quêtes s’offriront donc à vous, certaines particulièrement prenantes, d’autres plus convenues. Mais toutes vous permettront de découvrir de nouvelles possibilités d’arriver à vos fins… Ceci dit, les combats s’avèrent relativement brouillons et l’on préférera rapidement user de pouvoirs vampiriques bien plus pervers et efficaces.
Vampires : Bloodlines est donc un excellent jeu et apporte un peu de sang neuf à un genre grignoté peu à peu par les
MMORPG (
Everquest, Dark ages of Camelot, World of Warcraft incessamment sous peu…). Dommage cependant que la sortie d’un soft si riche ait été bêtement précipitée. On note en effet de nombreux bugs qui sans être rédhibitoires finissent par agacer. Evidemment, plate-forme PC oblige, des patches viendront probablement corriger ces imperfections mais il est dommage que les éditeurs aient de plus en plus souvent recours à ce genre de pratiques qui pénalisent par ailleurs le joueur ne possédant pas de connexion internet. En dehors de ces quelques réserves,
Vampires - The Masquerade : Bloodlines saura apporter bien des satisfactions aux adeptes de
Lestat.