Quelques huit mois après les versions PC et Xbox,
Syberia 2 pose ses bottes molletonnées sur PS2. Avec
Syberia,
Benoît Sokal nous rappelait son habileté à dénicher des territoires encore vierges sur notre bonne vieille planète Terre. Après
l’Amerzone et ses grands oiseaux blancs, le dessinateur nous invitait à partir à la recherche de cette île perdue en pleine Sibérie qui selon la légende pourrait abriter les derniers Mammouths. Toutefois, l’aventure du premier opus nous ayant laissé sur notre faim, et surtout bien loin de la terre promise de
Syberia, un second épisode s’imposait.
Syberia 2 sera donc l’opus des grandes réponses. Il permet aussi à
Benoît Sokal d’effacer les dernières frontières qui séparaient encore bandes dessinées et jeux vidéo.
Après avoir remué ciel et terre, Kate Walker est finalement parvenue à retrouver l’inventeur d’automates Hans Voralberg. Sa mission aurait pu s’arrêter là si l’intrépide avocate ne s’était pas liée d’amitié avec le vieil homme et si elle n’avait pas été émue par un impossible rêve en forme de dernière volonté : trouver l’île de Syberia où vivent les derniers Mammouths. Ainsi s’achevait Syberia, premier du nom. Et c’est sans temps mort que Syberia 2 nous rappelle à son univers alors que le train qui emmène Kate et Hans toujours plus à l’Est marque une escale à Romansbourg, dernier village russe avant les grandes étendues glacées.

Délaissant le gameplay
"Point n’Click" strict de
l’Amerzone pour une solution hybride, mélange d’
"Aventure à la troisième personne" et de
"Point n’Click",
Syberia 2 permet au réalisateur qui s’éveille en
Benoît Sokal de trouver un nouveau champ d’expression après un premier épisode plein de belles promesses mais un peu court. En effet, s’agissant des jeux d’Aventure du dessinateur, il est souvent plus question de mise en scène que de challenge au sens classique du terme. Fidèle à sa ligne de conduite,
Syberia 2 n’est donc pas un énième maillon sur la chaîne de la surenchère d’ambiances ultra réalistes et d’énigmes hyper torturées, ce serait plutôt le contraire. S’il parvient à nous conquérir avec chacune de ses productions, ce n’est pas par la finesse de ses environnements ni par la richesse de ses puzzles, mais c’est bien par ses ambiances nuancées, ses personnages au charme désuet et ses intrigues originales toujours généreuses en rebondissements.

Avec un accueil pour le moins austère et des menus d’une froideur repoussante,
Syberia 2 ne déroule pourtant pas les meilleurs arguments de séduction. Le soft se destine d’ailleurs de manière évidente à ceux, déjà familiarisés avec l’univers de
Benoît Sokal, qui ont pris part au premier volet de l’aventure. Pour les autres, seul un bref petit résumé de l’épisode précédent permettra de refaire leur retard, c’est un peu court pour adopter la déjà célèbre
Kate Walker et ses compagnons.
Bref, on se lance sans plus attendre dans cette suite afin de voir si le concepteur va réussir à nous faire oublier les petits écarts du premier
Syberia en matière de jouabilité. Malheureusement, il suffit de quelques écrans pour réaliser qu’il n’en est rien, que
Syberia 2 commet les mêmes erreurs que son aîné, et qu’on ne passe décidément pas du
"Myst-like" au type
"Aventure à la troisième personne" en un claquement de doigts. Une fois encore, il faudra donc être patient, très patient même, avec notre
Kate Walker qui ne nous emmène pas toujours où on le souhaite et dont les déplacements se heurtent encore aux barrières de la programmation, son cheminement étant toujours étroitement balisé.

Quand on additionne une maniabilité approximative, une aventure très encadrée, des graphismes qui ne brillent pas franchement sur PS2 et une bande-son pas toujours très travaillée, on est vite tenté de ranger ce Syberia 2 aux côtés des jeux d’aventure bas de gamme qui garnissent les rayons des revendeurs. D’ailleurs, on s’était juré que
Benoît Sokal ne nous y reprendrait plus après
l’Amerzone qui visuellement ne payait pas de mine mais qui nous aura finalement tenu en haleine et donné envie de persévérer jusqu’à sa conclusion. C’était sans compter avec le talent du créateur de
l’inspecteur Canardo qui une fois encore nous fait tomber dans le piège d’une réalisation peu innovante sur la forme, et guère impressionnante techniquement, mais diablement captivante. Le savant dosage de la difficulté des énigmes n’est une fois de plus pas étranger au succès de ce
Syberia 2. Il permet d’une part au jeu d’être accessible au plus grand nombre, d’autre part de conserver un rythme relevé et un fil narratif propre aux bandes dessinées.

Moins un jeu vidéo qu’une extension du monde de la bande dessinée sur nos terrains de jeu,
Syberia 2 pâtit des mêmes défauts de maniabilité que son prédécesseur. Le pad de la
PS2 n’est pas non plus ce qu’il se fait de mieux pour diriger
Kate Walker. Mais l’aventure est au rendez-vous et elle est prenante à souhait.
Considérant le peu de softs de cette catégorie sur
PS2, et surtout considérant le prix de vente (40 euros le pack qui réunit les deux épisodes), la quête de
Syberia constitue un passage obligé pour tout amateur de jeu d’aventure digne de ce nom.