Tant attendu par les amateurs de simulation de foot et par les hardcore gamers de tout poil,
Pro Evolution Soccer 5 pose ses crampons sur PS2, quelques semaines après un
FIFA 06 dont il constitue l’indispensable alternative. Les deux rivaux ayant désormais pris l’habitude de sortir chaque année au même moment, la comparaison est inévitable. Pourtant, si les deux licences se veulent toujours plus réalistes, elles ont choisi des directions radicalement différentes pour atteindre leur objectif. Aujourd’hui encore,
FIFA reste un jeu accessible au tout venant tandis que
Pro Evolution Soccer s’adresse à des joueurs plus exigeants qui recherchent la maîtrise complète des actions sur le terrain. A ce propos, il n’est pas forcément inutile de rappeler aux nouveaux venus qu’il leur faudra marner un sacré bout de temps avant de maîtriser
PES 5, si l’on considère que le premier
PES (et avant lui les
ISS) n’était déjà pas facile d’accès et que le gameplay n’a jamais cessé de s’enrichir depuis.

Quand on aime les jeux de foot, et a fortiori quand on est un adepte de
PES, on est généralement bien au fait de l’actualité du ballon rond. On a donc à cœur de jouer avec les bons maillots sur les bons joueurs et d’incarner les vrais clubs dans leur vrai stade. Konami l’a fort bien compris et nous a habitué à faire un effort à chaque nouvelle édition de
PES pour décrocher les droits de clubs supplémentaires. Depuis
PES 4, on compte donc les championnats d’Espagne, d’Italie et des Pays-Bas dans leur intégralité (sauf noms des stades). Malheureusement, à ces trois championnats, ne s’ajoutent ici que six clubs supplémentaires : Arsenal, Chelsea, les Glasgow Rangers, Galatasaray, le Dynamo de Kiev et Porto. C’est bien pauvre, d’autant qu’on ne compte toujours pas de club français. Les bordelais devront par exemple se contenter d’une équipe appelée "Aquitaine" dont la moitié des joueurs portent des noms à consonance balkanique. Bien sûr, vous pourrez toujours vous lancer dans une longue entreprise de correction via le
menu "modifier" mais préparez-vous une pleine marmite de café noir au préalable.
Un gameplay en béton… à apprivoiser
Mais ce n’est finalement pas si grave, car tant que la série nous proposera une expérience de jeu de ce gabarit, on pourra passer outre les appellations farfelues de nos joueurs. Ici, on n’obtient que le tir ou la passe que l’on mérite. Quasiment aucune action n’est automatisée. Toutes les trajectoires, toutes les feintes, tous les dribbles, contrôles et amortis font bien entendu partie de la large gamme de mouvements de
PES 5 mais leur réussite est aussi directement conditionnée par la maîtrise du joueur. Plus que jamais, on sent que l’équipe de développeurs se compose d’obsédés du football dont la maîtrise de la discipline n’est plus à démontrer. La frontière entre un geste réussi et un échec étant des plus ténues,
PES 5 requiert une bonne dose d’anticipation ainsi qu’un réel doigté. Revers de médaille, il faudra une nouvelle fois se replonger dans la longue liste des mouvements spéciaux avant de réussir une roulette en situation ou un centre piqué au premier poteau. Entre les combinaisons de "gâchettes" et les doubles (voire les triples) pressions sur les boutons d’actions, il est vrai qu’on s’emmêle parfois les pinceaux. Mais quand ils sont réussis, les tirs avec effets, les grands ponts et même les virgules dégagent un délicieux sentiment de satisfaction.
Et on en redemande ! D’autant plus que tout s’orchestre de manière remarquablement réaliste sur le terrain.
PES est encore aujourd’hui un des rares jeux de foot où l’on peut développer un vrai jeu de passes variées sans que l’IA adverse ne réalise d’improbables interceptions ni ne passe pour la dernière des nouilles. Qu’il s’agisse de la physique du ballon, des comportements des joueurs (avec ou sans balle) ou de la gestion des masses et de l’inertie, il est bien difficile de prendre cet épisode à défaut.
Une défense à toute épreuve
Au chapitre des évolutions, le rythme des enchaînements a été légèrement ralenti. Traverser le terrain paraît effectivement un peu plus long et jouer à une touche de balle s’avère peut-être un peu moins grisant que par le passé. L’avantage, c’est qu’on a désormais le temps de se préparer lorsque l’adversaire remonte le ballon…. Ce qui nous amène à la grosse amélioration de
PES 5 : les défenses. En effet, au placement redoutable des stoppeurs et à l’efficacité des latéraux, il faut ajouter un gardien très réactif qui n’hésite pas à aller récupérer une balle menaçante à l’entrée de sa surface. D’ailleurs s’il est un secteur de jeu où
PES enterre
FIFA, c’est bien pour sa gestion du gardien de but : alors que les développeurs d’EA ont jeté l’éponge et nous demandent de gérer nous même les sorties (loupées) du gardien, Konami fait preuve d’une grande maîtrise avec des portiers qui réagissent toujours de manière appropriée.
Il est donc loin d’être facile de percer les défenses. Il faut construire, tenter et retenter sa chance avant que ça ne paye. Jusqu’au-boutiste,
Pro Evolution Soccer 5 tendrait presque à rendre le football cérébral voire anti-ludique. Mais on s’accroche parce qu’on y croit (dans tous les sens du terme).
Mentionnons au passage l’excellente gestion de la fatigue des joueurs : si un pressing de tous les diables vous aidera à récupérer plus vite la balle en première mi-temps, attendez vous à souffrir en fin de partie. Pour un peu, on pourrait voir les joueurs tirer la langue d'épuisement.
Un arbitre TRES présent
Fidèle au poste dans son rôle ingrat, l’homme en noir de
PES 5 donne autant de satisfactions que de regrets. L’arbitre est désormais bien présent sur le terrain mais sans doute un peu trop. Non seulement il lui arrive d’interférer dans nos passes, mais sur certaines actions il peut carrément nous boucher le passage, permettant à l’IA adverse de repartir à l’offensive…
Par contre, les arbitres gèrent beaucoup mieux la règle de l’avantage et ils ont des comportements assez différenciés, certains étant bien plus tolérants que d’autres. Mais là encore, on tombe parfois dans la caricature avec des arbitres qui sifflent tout et n’importe quoi (ils sont déjà assez sévères). On vous garantit quelques colères noires suite à des penalty injustifiés. Mais après tout, c’est aussi ça le football…
Et un, et deux, et trois bémols !
Et s’il n’y avait que les arbitres… Mais malgré l’infini respect qu’on porte à
PES, d’autres aspects du jeu mériteraient tout de même quelques petits ajustements, passons-les rapidement en revue pour donner du matos à nos développeurs bénis.
On pense d’abord au nombre hallucinant de balles qui peuvent être contrées par les joueurs de champs. Lors des tirs, on jurerait que les joueurs se transforment en blocs de 2 m3 de béton sur lesquels le ballon ricoche immanquablement. Intégrer un facteur chance (ou statistique) lors de ces actions ne serait pas un mal. Après tout, la balle peut aussi leur passer entre les jambes...
Ensuite s’agissant des passes on note que nos joueurs ont toujours la fâcheuse tendance à attendre que le ballon leur arrive dans les pieds et, bien sûr, les défenseurs adverses n’oublient pas d’en profiter (défaut récurent aux PES).
Enfin, en défense, il arrive encore régulièrement que l’on dégage en catastrophe alors que la pression est faible ou inexistante. C’est d’ailleurs un comble de constater qu’il s’agit d’une des rares actions automatisées du soft et qu’elle n’est pas vraiment au point.
Mais le gros point faible de PES ne réside finalement ni dans ces futiles détails ni dans son faible nombre de licences, mais plutôt dans l’absence d’un mode carrière qui puisse faire bonne figure face à celui de
FIFA. Certes,
PES 5 dispose toujours de sa
Ligue Master qui nous permet de prendre en mains une équipe de division inférieure et de la faire évoluer vers de plus hautes sphères. Mais on est loin du système réaliste de compétitions croisées de
FIFA où dans la même saison on peut être amené à disputer championnat, coupe de France, coupe de la Ligue et Supercoupe d’Europe… De même, les trois ou quatre pauvres paramètres de gestion d’équipe (transfert, entraînement et moral) peinent à relancer notre intérêt entre deux saisons de championnat disputées en solo.
Enfin, un mode multi en ligne !
Fort heureusement, si notre intérêt peut s’émousser en solo, il est toujours affûté et sans cesse renouvelé dès qu’on se dispute la baballe en multijoueurs. Et ce sont les possesseurs de modem qui vont être contents puisque
PES est enfin jouable on-line sur PS2. On ne peut cependant se livrer qu’à des parties à quatre et les possibilités de jeu demeurent un peu trop timorées, mais c’est toujours mieux que rien. On attend par contre beaucoup plus des versions qui sortiront sur consoles Next Gen… A quand un mode de jeu on-line où chacun des 20 footballeurs (voire des 22) pourra être contrôlé par un joueur différent ? Les constructeurs, Microsoft en tête, semblent en tout cas déterminés à mettre le paquet sur le jeu en ligne, alors…
Pour en finir avec cette cinquième mouture de
Pro Evolution Soccer, on peut dire sans risque que le soft répond amplement à nos attentes avec un gameplay encore enrichi qui repousse toujours plus loin les barrières du réalisme. S’il fallait prendre un ultime exemple pour illustrer le pointillisme de la réalisation de Konami, ce pourrait être ces joueurs qui reviennent sur le terrain avec un bandage à la cuisse après une petite blessure ou encore ces sifflets du public si l’action continue alors qu’un joueur blessé se roule de douleur sur la pelouse.
Tenez le pour sûr, le roi des simulations de foot n’est pas prêt de quitter son trône.