Autant le dire tout de suite, évaluer
Final Fantasy IV Advance pose un épineux problème au modeste testeur que je suis. Bon d’accord, il s’agit pour beaucoup du meilleur Final Fantasy sur le plan du scénario et de l’ambiance et ce soft constitue sans doute l’une des pierres angulaires du RPG sur portables. Par ailleurs,
FF IV n’avait jamais eu les honneurs d’une sortie digne de ce nom en France : juste une version non localisée intégrée à une compilation. On ne peut donc a priori que se réjouir tant il est vrai que cet épisode propose une aventure épique aux savoureux moments d’anthologie et aux quêtes de haute volée.

L’un des principaux atouts de ce quatrième opus réside dans "l’épaisseur" des personnages dotés, une fois n’est pas coutume, d’une véritable psychologie et d’un background qui en font autre chose que de simples enveloppes à base de points d’expérience ou de compétences. Chacun d’eux est en effet en proie à des dilemmes et des incertitudes. Point de héros stéréotypés coulés d’un seul bloc mais des êtres qui, s’ils sont virtuels, font néanmoins preuve de sensibilité et d’émotions. Bon d’accord, c’est pas du Ingmar Bergman mais ce n’est pas du Michael Bay non plus et ça fait bien plaisir… Les deux principaux héros, à savoir Cecil et son comparse Kain, sauront sans problème susciter l’adhésion affective de n’importe quel joueur soucieux de vivre une véritable aventure et pas seulement de découper du monstre en rondelles. Les trahisons, les rebondissements improbables, les antagonismes exacerbés et les conflits d’intérêts nourrissent une trame scénaristique qui restera dans les annales vidéoludiques.
Et puis, la saga des Final Fantasy a toujours su se distinguer en distillant des petites mais judicieuses innovations en terme de gameplay. Lors de sa sortie,
FF IV avait su redynamiser les combats au tour par tour grâce au système ATB (Active Time Battle), c'est-à-dire une jauge qui une fois remplie permettait aux personnages bénéficiant de la meilleure initiative d’effectuer une action de leur choix. Mine de rien, il suffit d’un combat acharné et incertain pour se rendre compte de l’apport de ce système. On en reparlera quand vous aurez l’œil rivé sur la jauge permettant à l’un de vos perso de jeter un sort salvateur…

Bon, vous allez donc en conclure qu’avec tout ça, mes réticences sont incompréhensibles, que ce jeu est indispensable, et que vous courrez vous le procurer à la seconde… Faîtes comme vous le voulez mais je ne suis pas certain de vous accompagner (surtout que je le possède déjà). Certes,
Final Fantasy IV peut s’enorgueillir d’immenses qualités qu’il serait idiot d’ignorer. Mais il s’agit tout de même d’un soft qui date de 1991, année de son apparition sur Super Famicom… Autant dire que sur le plan technique, on est très très loin de se hisser parmi les fleurons de la GBA. Or, ce qui pourrait être toléré sans problème de la part d’un éditeur lambda est beaucoup moins acceptable venant d’un studio qui s’est taillé une solide réputation quant à la magnificence de ses graphismes. Nous en sommes tout de même au douzième opus de la série et
Final Fantasy IV accuse sérieusement son âge vénérable.
Ne soyons pas hypocrites ! Si ce ne sont pas les qualités graphiques qui font un bon jeu mais son gameplay et sa profondeur, reste qu’en cette ère de consoles next gen, il est vraiment difficile de se contenter de ces gros pixels ultra colorés. Heureusement, que l’univers et le character design sont au top et proposent un ensemble particulièrement cohérent car sur le plan purement technique, faut quand même pas rigoler…

Mais en vérité, si je suis exagérément acerbe vis à vis de ce défaut au final pas si gênant que cela, c’est en raison des politiques éditoriales en vigueur aujourd’hui. Certes, la GBA est clairement en fin de vie ! Cependant, est-ce une raison pour ne proposer que des portages et s’amuser à faire du "vide grenier". Je suis un gamer, pas un antiquaire ! Et j’ai du mal à créditer une politique purement productiviste qui consiste à ressortir des jeux mega rentabilisés au prix fort alors que ceux-ci n’ont demandé aucun effort particulier de développement. Ce ne sont pas les vagues gadgets proposés et les quelques quêtes supplémentaires qui changent quelque chose à l’affaire : personne n’est dupe !
Et cette course à la rentabilité s’accompagne malheureusement d’une baisse croissante de la créativité. Il suffit de regarder la ludothèque de la PSP pour s’en convaincre : du portage, du portage et encore du portage ! Et puis des suites, des remakes, des director’s cut "collector"… On se croirait presque dans l’univers du DVD ! Heureusement que Nintendo est légèrement moins touché par ce regrettable phénomène (encore que j’en connais quelques-uns qui commencent à se lasser des inévitables aventures d’un certain plombier moustachu…).

Bon, mon petit coup de sang est passé et je suis bien obligé d’admettre que
Final Fantasy IV Advance est tout de même un sacré bon jeu, indémodable sur bien des points. Si vous aimez les univers vastes et originaux, les quêtes fantastiques servies par un casting de premier choix, vous allez pouvoir vous régaler plusieurs dizaines d’heures… en vous demandant pourquoi vous avez revendu votre Super NES…